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22/09/2008 10:12
Merleau-Ponty Maurice, La prose du monde (0 commentaire)

"[…] l’homme qui écrit, s’il ne se contente pas de continuer la langue qu’il a reçue, ou de redire des choses déjà dites, ne veut pas davantage la remplacer par un idiome qui, comme le tableau, se suffise et soit fermé sur sa propre signification. Il veut la réaliser et la détruire en même temps, la réaliser en la détruisant ou la détruire en la réalisant. Il la détruit comme parole toute faite qui ne réveille plus en nous que des significations languissantes, et ne rend pas présent ce qu’elle dit. Il la réalise cependant parce que la langue donnée qui le pénètre de part en part et donne déjà une figure générale à ses pensées les plus secrètes, n’est pas là comme une ennemie, et qu’au contraire, elle est tout entière prête pour convertir en acquisition ce qu’il signifie de nouveau."

Approbation d’Oriane (crayon noir HB 2): il me faudrait relever plusieurs pages tant Merleau-Ponty semble m’avoir comprise. C’est en effet dans cette perspective que j’aborde la forme roman pour l’enrichir et la renouveler de l’intérieur. Je sais que je prends des risques mais, sans cette prise de risque, écrire ne m’intéresse pas.





06/07/2008 10:47
Delacroix Eugène, Études esthétiques (0 commentaire)

"Quoi qu’en puissent dire les littérateurs, leur art ne présente pas les difficultés du nôtre. Tout homme qui a de l’imagination et qui sait sa langue se formera dans peu à écrire; tout homme qui a quelque chose à dire le dira bien, peut-être mieux que le littérateur de profession, parce qu’il sera moins occupé de la forme et de la rhétorique de son discours que du fond de la substance. Ne vous alarmez pas, poètes et prosateurs; je ne vais pas pour cela rendre les Homère et les Virgile plus communs: ce qui le prouve, c’est qu’on n’a guère vu de littérateurs exceller dans la peinture et dans la musique, quitter la classique lyre pour prendre le compas et bâtir des palais, si ce n’est peut-être l’enchanteur Orphée; mais on a vu très souvent, et on voit à chaque instant, un peintre, un musicien, un général d’armée, devenir le plus grand écrivain de son temps, et, à mon avis, Napoléon est celui dont le style est le plus près de la chose, le plus dégagé de vains ornements, le plus homérique, dans le sens que j’attache à ce mot. J’en demande bien pardon, mais jamais Tite-Live n’aurait fait le siège de Toulon, le 13 vendémiaire, la bataille d’Arcole et le reste de ses admirables manœuvres: après cela, nous ne pouvons plus rien supporter."

Approbation d’Oriane (encre rose): je suis tout à fait d’accord, rien de plus surfait que la littérature  dont s’est emparé le corps médiocre des professeurs pour faire croire à son intelligence. Écrire n’est rien, la littérature n’est pas grand chose dont les millions d’œuvres sont autant de sarcophages. S’il n’y avait pas tout le lobby de l’édition, elle ne serait qu’une aimable distraction… Mais cependant, contrairement à Delacroix, je pense qu’il en est de même de tout art. Ce sera d’ailleurs un des thèmes de ce roman. On ne sera pas surpris de savoir que le
Général Proust, dont l'œuvre consiste à agir sur le monde, est tout à fait de cet avis.





27/03/2008 13:51
Savelli Anne, Fenêtres (0 commentaire)

"Dans la préface de Jean Santeuil, Proust invente devant l’œil de son narrateur un personnage d’écrivain et le montre au travail dans un phare, revenant chaque soir heureux et rieur, content du lieu qui l’inspire et de son histoire qui avance. L’écrivain de papier élabore l’histoire de Santeuil et Proust le laisse faire pour dire, lui, la douceur du phare et les noyades des oies."

Approbation d’Oriane (feutre rouge pointe fine): il faut laisser faire les écrivains de papier. C’est ce que je fais car s’ils ont existé tous ces écrivains auxquels je vole consciencieusement les textes sont pour moi des écrivains de papier, des entités abstraites que je ne connais que par le truchement du livre et qui n’ont, pour cela, d’autre épaisseur que celle de leurs volumes. J’aime cette idée de me transformer en écrivain de papier, être virtuel confondu dans le temps et l’espace n’existant plus que par ces traces dérisoires qu’il laisse çà et là et que ronge le temps. Disparaître… Je n’ignore pas la contradiction qu’il y a entre ce souhait et ces carnets que je tiens avec soin, le corps résiste. Disparaître mais vivante.





18/01/2008 9:18
Rolland Romain, Jean-Christophe (0 commentaire)
"Joie, fureur de joie, soleil qui illumine tout ce qui est et sera, joie divine de créer!

Il n’y a de joie que de créer. Il n’y a d’êtres que ceux qui créent. Tous les autres sont des ombres, qui flottent sur la terre, étrangers à la vie. Toutes les joies de la vie sont des joies de créer : amour, génie, action — flambées de forces sorties de l’unique brasier. Ceux même qui ne peuvent trouver place autour du grand foyer : — ambitieux, égoïstes et débauchés stériles — tâchent de se réchauffer à ses reflets décolorés."

Approbation d’Oriane (Bic rouge) : comme tout cela est vrai. J’ai connu les honneurs et la richesse avec le
Général (il est vrai aussi que je n’ai jamais été pauvre) mais toute telle plénitude que j’ai éprouvée l’a été dans la tenue de mes carnets et de la création qu’ils supposent.

22/12/2007 11:28
Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813 (0 commentaire)
"Si ceux qui sont nos maîtres, et qui disent que Dieu les a mis sur la terre pour faire notre bonheur, pouvaient se figurer, au commencement d'une campagne, les pauvres vieillards, les malheureuses mères auxquels ils vont en quelque sorte arracher le coeur et les entrailles pour satisfaire leur orgueil; s'ils pouvaient voir leurs larmes et entendre leurs gémissements au moment où l'on viendra leur dire : "Votre enfant est mort... vous ne le "verrez plus jamais! il a péri sous les pieds des chevaux, ou bien écrasé "par un boulet, ou bien dans un hôpital, au loin, -- après avoir été "découpé, -- dans la fièvre, sans consolation, en vous appelant comme "lorsqu'il était petit!... " s'ils pouvaient se figurer les larmes de ces mères, je crois que pas un seul ne serait assez barbare pour continuer. Mais ils ne pensent à rien; ils croient que les autres n'aiment pas leurs enfants autant qu'eux; ils prennent les gens pour des bêtes! Ils se trompent; tout leur grand génie et toutes leurs grandes idées de gloire ne sont rien, car il n'y a qu'une chose pour laquelle un peuple doit marcher -- les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards --, c'est quand on attaque notre Liberté, comme en 92; alors on meurt ensemble ou l'on gagne ensemble; celui qui reste en arrière est un lâche; il veut que les autres se battent pour lui... la victoire n'est pas pour quelques-uns, elle est pour tous, le fils et le père défendent leur famille; s'ils sont tués, c'est un malheur, mais ils sont morts pour leurs droits. Voilà, Joseph, la seule guerre juste, où personne ne peut se plaindre;
 
toutes les autres sont honteuses, et la gloire qu'elles rapportent n'est pas la gloire d'un homme, c'est la gloire d'une bête sauvage!"

Approbation d’Oriane (crayon de papier orange): c’est juste,
Général ne pensait jamais à cela, même quand il prétendait, avant de les envoyer se battre et mourir pour lui dans ses combats douteux qui n’avaient d’autres fins que de soutenir ses ambitions personnelles, qu’il les aimait comme des fils… Il y a un immense décalage entre ce que disent les puissants politiques et ce qu’ils réalisent. Ce qui les justifie, la notion hypocrite du bien commun. La plupart du temps elle dissimule en fait un immense égoïsme. J’ai vécu cela de près.

07/12/2007 14:28
Agnel Émile, Procès contre les animaux (0 commentaire)
«Le théologien Félix Malléolus, vulgairement appelé Hemmerlin, qui vivait un siècle avant Chasseneuz et qui avait publié un traité des exorcismes, s'était également occupé, dans la seconde partie de cet ouvrage, de la procédure dirigée contre les animaux. Il parle d'une ordonnance rendue par Guillaume de Saluces, évêque de Lausanne, au sujet d'un procès à intenter contre les sangsues, qui corrompaient les eaux du lac Léman et en faisaient mourir les poissons. Un des articles de cette ordonnance prescrit qu'un prêtre, tel qu'un curé, chargé de prononcer les malédictions, nomme un procureur pour le peuple; que ce procureur cite, par le ministère d'un huissier, en présence de témoins, les animaux à comparaître, sous peine d'excommunication, devant le curé à jour fixe. Après de longs débats cette ordonnance fut exécutée le 24 mars 1451, en vertu d'une sentence que l'official de Lausanne prononça, sur la demande des habitants de ce pays, contre les criminelles sangsues, qui se retirèrent dans un certain endroit qu'on leur avait assigné, et qui n'osèrent plus en sortir.

Le même auteur rend compte aussi d'un procès intenté dans le treizième siècle contre les mouches cantharides de certains cantons de l'électorat de Mayence, et où le juge du lieu, devant lequel les cultivateurs les avaient citées, leur accorda, attendu, dit-il, l'exiguïté de leur corps et en considération de leur jeune âge, un curateur et orateur, qui les défendit très dignement et obtint qu'en les chassant du pays on leur assignât un terrain où elles pussent se retirer et vivre convenablement. «Et aujourd'hui encore, ajoute Félix Malléolus, les habitants de ces contrées passent chaque année un contrat avec les cantharides susdites et abandonnent à ces insectes une certaine quantité de terrain, si bien que ces scarabées s'en contentent et ne cherchent point à franchir les limites convenues.»

Approbation d’Oriane (feutre noir): si l’on pouvait en effet régler par vois de justice tous les problèmes environnementaux, il serait très intéressant d’assigner en justice les ratons laveurs, les souris de nos caves, les moustiques et autres guêpes. Cette solution serait plus juste, pour l’équilibre de la nature que l’usage inconsidéré de pesticides. La catharsis existe et le moyen-âge était plus sage que nous.

01/12/2007 14:22
D’Alq Louise, Notes d’une mère, cours d’éducation maternelle (0 commentaire)
"«J'ai connu un homme, a dit Diderot, qui savait tout, excepté dire bonjour et saluer; il vécut pauvre et méprisé.»
 
Cet exemple se retrouve tous les jours. Chaque être humain n'est pas doué au même point d'un esprit analysateur; le temps manque parfois aussi souvent que le moyen, et c'est pour cela qu'on aime à trouver dans un livre, un journal, une publication quelconque, le résumé, la quintessence des observations que l'écrivain a faites à votre place. En rencontrant des jeunes gens aux manières polies et réservées, à l'abord sympathique, à l'extérieur je ne dirai pas beau, car la perfection des traits ne fait rien à la distinction, mais soigné et élégant, n'importe dans quelle position ils se trouvent, aux habitudes nobles, aux sentiments chevaleresques, et en voyant d'autres, à leur côté, sauvages, gauches, butors, malpropres, je me suis enquise de la cause de cette différence et je l'ai toujours trouvée dans l'éducation maternelle qu'ils avaient reçue."

Approbation d’Oriane (crayon de papier bleu) : comme c’est vrai !… Si j’avais eu un fils (ou une fille car je ne crois pas qu’en la matière dussent être introduites des différences importantes), c’est ainsi que je l’aurais élevé. Je n’ai pas eu cette joie. Peut-être est-ce d’ailleurs une des raisons du détachement progressif du
Général à mon égard.

20/11/2007 9:30
Segalen Victor, Équipée (0 commentaire)
"…l’imaginaire déchoit-il ou se renforce quand il se confronte au réel ? Le réel n’aurait-il point lui-même sa grande saveur et sa joie ?

Ces deux mondes s’attribuent tour à tour la seule existence. Ils restent si étranges l’un à l’autre, que les représentants humains, les disciples en la chair desquels ils s’incarnent, s’efforcent de se fuir plutôt que de se chercher et de combattre. Ce qui, supprimant tout conflit, permet aux deux partis de se croire vainqueurs.

Et ils éconduisent ainsi l’un des moments mystérieux les plus divinisables par la qualité d’exotisme qu’il contient, sa puissance du Divers.
 
Et cependant la plupart des objets dans ces deux mondes sont communs.
 
Il n’était pas nécessaire, pour en obtenir le choc, de recourir à l’épisode périmé d’un voyage, ni de se mouvoir à l’extrême pour être témoin d’un duel qui est toujours là."

Approbation d’Oriane (feutre gris) : on dirait du
Marc Hodges, non dans le style bien entendu, son écriture est plus directe, plus « moderne », mais dans la réflexion elle-même sur les rapports de la réalité et de la fiction, sur cette étrange alliance entre le monde hors de la pensée humaine et le monde que construit cette même pensée, sur l’étonnement devant cette impérieuse nécessité de la fiction.

15/09/2007 14:26
Liszt Franz, F. Chopin (0 commentaire)
"S'il a été souvent prouvé que nul n'est prophète en son pays, n'est-il pas d'expérience aussi que les hommes de l'avenir, ceux qui le pressentent et le rapprochent par leurs œuvres, ne sont pas reconnus prophètes par leurs temps?... À vrai dire, pourrait-il en être autrement? Sans nous en prendre à ces sphères où le raisonnement devrait, jusqu'à un certain point, servir de garant à l'expérience, nous oserons affirmer que, dans le domaine des arts, tout génie innovateur, tout auteur qui délaisse l'idéal, le type, les formes dont se nourrissaient et s'enchantaient les esprits de son temps, pour évoquer un idéal nouveau, créer de nouveaux types et des formes inconnues, blessera sa génération contemporaine. Ce n'est que la génération suivante qui comprendra sa pensée, son sentiment. Les jeunes artistes groupés autour de cet inventeur auront beau protester contre les retardataires, dont la coutume invariable est d'assommer les vivants avec les morts, dans l'art musical bien plus encore que dans d'autres arts, il est quelquefois réservé au temps seul de révéler toute la beauté et tout le mérite des inspirations et des formes nouvelles."

Approbation d’Oriane (crayon rose) : comment ne pas être d’accord avec cela ? La conséquence en est que, pour se lancer dans une œuvre ambitieuse et novatrice comme celle que j’ai en tête ou comme celle que tente mon ami Marc Hodges, il faut croire en la postérité et rien attendre de son vivant. En ce qui me concerne, le courage manque.…

09/09/2007 6:37
Hodges Marc, Ganançay (0 commentaire)
"Le pouvoir est hallucinogène: nous n’avons pas vu venir la plupart des drames… A vingt trois, vingt quatre ans, l’expérience est problématique, les tentations d’autant plus subtiles que l’on est sûr de les dominer; les faits imposent toujours leurs évidences… Entre connaissances ou amis, une invitation dans le Pacifique, la mise à disposition temporaire d’une villa, le prêt plus ou moins long d’une voiture de sport, un week-end à New York en Concorde, des cadeaux princiers, un petite avance d’argent à des conditions attractives, sont autant de services naturels jamais sentis comme de la malversation… Robertelli, Dourraboue, Jupien, d’autres que nous connaissions plus ou moins ou que nous ne connaîtront jamais, ont ainsi souffert des violences du politique, en ont subi les conséquences les plus lourdes. Certains de nos amis furent happés qui le payèrent souvent au prix le plus fort car si quelques uns purent rebondir, d’autres furent anéantis."

Approbation d’Oriane (crayon de papier gras noir) : c’est tout à fait ce que j’ai vécu avec
le Général or, contrairement à ce que pourraient laisser croire la banalité des mots, il est très difficile de rendre compte de cet enlisement insensible, progressif, dans les sables mouvants de l’influence et du pouvoir. Accepter une invitation à dîner est déjà, la plupart du temps, une compromission car l’on ne regarde plus de la même façon ceux avec qui un repas a été partagé. Le pouvoir indépendant, impartial, juste peut-être, exige l’isolement, la solitude absolue.

18/08/2007 6:16
Achard Amédée, Récits d’un soldat, une armée prisonnière (0 commentaire)
"Le fait est que je dormais tout debout. Il faut avoir eu les jambes endolories par de longues étapes, les pieds meurtris, les jointures brisées, le corps épuisé par d'excessives fatigues, et subi des sommeils lourds et pénibles sur la terre humide et dure, pour comprendre l'ineffable sensation d'étendre et d'étirer ses membres dans la fraîcheur des draps. Je m'en donnai la joie pendant un quart d'heure, luttant avec volupté contre ma lassitude. Puis mes yeux se fermèrent, et, bercé par la chanson de quelques buveurs, je ne sentis bientôt plus que la tiède chaleur du lit qui m'engourdissait."

Approbation d’Oriane (Bic bleu) : j’ai l’impression d’entendre le
Général me raconter une de ses journées d’Afrique, d’Asie ou de Croatie avec toute l’ambiguïté d’un récit qui dénonçant des moments de souffrance révèle aussi la fierté virile d’avoir su les supporter et de ne pas chercher à les fuir s'ils devaient se reproduire.

29/07/2007 7:21
Bousquet Joe, Notes d’inconnaissance (0 commentaire)
"Souvent un grand livre est, à l’insu de tous, une œuvre collective. Ce fait critique n’a pas échappé à notre temps. Mais il avait été tourné jusqu’ici contre la probité des auteurs. On a trop parlé des plagiats de Stendhal. Plus d’un lecteur sentira son admiration pour Lautréamont baisser quand il saura que Lautréamont avait imité… Ce sont de ces lecteurs que l’on regonfle en leur apprenant que Ducasse était le cond. de F."

Approbation d’Oriane (crayon de papier orange) : cette évidence est aujourd’hui acceptée au-delà bien entendu du jeu littéraire qu’ont toujours été les centons. Les auteurs se pillent sans cesse les uns les autres mais toute reprise introduite dans un nouveau contexte n’est plus un plagiat mais une recréation. La vie fait toujours du nouveau avec du vieux. Écrire est indissolublement lire.

11/07/2007 6:41
Yourcenar Marguerite, Quoi, l'éternité ? (0 commentaire)
"J'ai cru longtemps avoir peu de souvenirs d'enfance; j'entends par là ceux d'avant la septième année.

Mais je me trompais: j'imagine plutôt ne leur avoir guère jusqu'ici laissé l'occasion de remonter jusqu'à moi. En réexaminant mes dernières années au Mont-Noir, certains au moins redeviennent peu à peu visibles, comme le font les objets d'une chambre aux volets clos dans laquelle on ne s'est pas aventuré depuis longtemps."

Approbation d’Oriane (feutre bleu ciel) : comme tout cela est vrai !… Mais n’est-ce pas une banalité ? Il me semble avoir lu quelque chose d’approchant dans
Le journal de Charlus et même dans les écrits intitulés Mémoires insincères des écrits de Jean-Pierre Balpe.
 

09/06/2007 14:02
Simon Claude, Les corps conducteurs (0 commentaire)
"Tout (les peintures des murs et des machines, les meubles, les rideaux, les tissus des fauteuils, les vêtements et les visages des occupants) a un air pimpant, fonctionnel et imputrescible. A la recherche de quelque charogne, de quelque cadavre putréfié d’animal, ses immenses ailes déployées, immobile et impondérable, un oiseau au plumage bleu noir se laisse porter sur l’air le long des parois glacées de la montagne."

Approbation d’Oriane (fusain) : le monde est ainsi pour moi, fait de juxtapositions d’observations, d’événements, de présence de choses sans que je ne puisse jamais installer entre eux une hiérarchie ou un ordre quelconque. Je vais à tâtons dans le labyrinthe de mes impressions n’ayant aucun moyen de remarquer entre elles une quelconque logique. Certains diraient que je me laisse « ballotter par les événements » ; il n’en est rien car je les vis tous, un à un, un après l’autre, intensément.

08/06/2007 13:58
Gide André, Les Faux-monnayeurs (0 commentaire)
"X… soutient que le bon romancier doit, avant de commencer son livre, savoir comment ce livre finira. Pour moi, qui laisse aller le mien à l’aventure, je considère que la vie ne nous propose jamais rien qui, tout autant qu’un aboutissement ne puisse être considéré comme un nouveau point de départ. «Pourrait être continué…» c’est sur ces mots que je voudrais terminer mes Faux-Monnayeurs."

Approbation d’Oriane (feutre rouge pointe fine) : bien sûr, c’est ce que devrait être la littérature, un flux infini de texte repassant, dans un enchevêtrement impossible à démêler les trajectoires de multiples événements, une littérature de flux, non de stock, une littérature infinie. Celle de "La tentation de l'infini" d'Aragon…

10/03/2007 11:27
He Jiahong, Le mystérieux tableau ancien (Trad. MC Cantournet-Jacquet et X Giafferri-Huang) (0 commentaire)
"Pourtant au fur et à mesure que la société évoluait, il lui était de plus en plus difficile de s’en tenir à la frontière établie d’autant que celle-ci devenait de plus en plus floue. Un ami lui offrait une cartouche de cigarettes par exemple ou un téléviseur couleur : était-ce s’approprier un bien public en l’acceptant ? Un autre ami lui prêtait quelques milliers de yuans, était-ce comme puiser directement dans les caisses de l’État ? Ce n’était pas sa faute si ses amis étaient si nombreux; il avait des relations, il était populaire!"

Approbation d’Oriane (crayon noir ordinaire) : encore une fois, je surprends Marc Hodge en plein délit d’imitation. Ce passage ressemble très fortement à une des pages qu’il a écrit dans
Ganançay. Je crois qu’il est assez conscient de cela, du moins si je me fie à son autre écrit La bibliothèque dans Le sens de la vie. J’ai de plus en plus l’impression que toute son œuvre est ainsi constituée de croisements et de renvois.

02/03/2007 9:03
Auster Paul, Brooklyn follies (Trad. C Le Bœuf) (0 commentaire)
"La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant favori: lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui vous entoure quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d’un auteur."

Approbation d’Oriane (crayon de papier carmin) : c’est en effet une des façons de s’abstraire du tumulte du monde en se laissant porter par celui des mots. Écrire ne me semble pas très différent. Dans les deux cas le monde des mots se substitue à celui des êtres et des choses. Et dans ce monde nous détenons le pouvoir. Il me semble que Charlus a écrit quelque chose comme ça dans son journal.


01/03/2007 7:14
Foucault Michel, Les mots et les choses (0 commentaire)
"Savoir consiste à rapporter du langage à du langage. A restituer la grande plaine uniforme des mots et des choses. A tout faire parler. C’est-à-dire à faire naître au-dessus de toutes les marques le discours second du commentaire. Le propre du savoir n’est ni de voir ni de démontrer, mais d’interpréter. Commentaire de l’Écriture, commentaire des Anciens, commentaire ce qu’ont rapporté les voyageurs, commentaire des légendes et des fables : on ne demande pas à chacun de ces discours qu’on interprète son droit à énoncer une vérité ; on ne requiert de lui que la possibilité de parler sur lui.

Le langage a en lui-même son principe intérieur de prolifération."

Approbation d’Oriane (feutre bleu nuit) : idée séduisante que ce langage proliférant où la littérature comme une génération infinie, son but n’étant pas de dire des choses — puisque ces choses ont déjà toujours été dites — mais de faire en sorte de ne jamais se taire. La littérature est du langage qui refuse de s’arrêter et qui sait, en choisissant la fiction, qu’il ne contient aucune vérité mais une série infinie d’approximations qui enrobent le monde dans du langage, qui humanise le monde en l’enrobant — comme l’araignée fait de sa proie avec sa toile — de langage.


19/02/2007 11:25
De Sade D.A.F, Les infortunes de la vertu (0 commentaire)
"Le triomphe de la philosophie serait de jeter du jour sur l’obscurité des voies dont la providence se sert pour parvenir aux fins qu’elle se propose sur l’homme,

et de tracer d’après cela quelque plan de conduite qui pût faire connaître à ce malheureux individu bipède, perpétuellement ballotté par les caprices de cet être qui dit-on le dirige aussi despotiquement, la manière dont il faut qu’il tienne pour prévenir les caprices bizarres de cette fatalité à laquelle on donne vingt noms différents, sans être encore parvenu à la définir."

Approbation d’Oriane (crayon de papier rouge) : je ne suis pas toujours sûre de tout comprendre même si je comprends plus de choses que la plupart de mes amis ne l’imaginent. Pourtant il m’arrive de percevoir, comme intuitivement, ce qui est dit lorsque cela est bien dit. Être le jouet du destin, ce qui est bien le propre de l’homme, entraîne quatre conséquences contradictoires :

1.Il n’y a aucune entité supérieure et l’homme ne dépend que d’une nature guidée par la seule nécessité perpétuelle d’adaptation donc avançant au hasard dans le seul but d’être.
2.Il y a une entité supérieure qui a des visées, sait où elle va, et dans ce cas son dessein doit être perceptible d’une façon ou d’une autre.
3.Il y a une entité supérieure qui a des visées, sait où elle va et dont une des visées est de maintenir l’homme dans l’impossibilité d’observer ce dessein.
4.L’homme se croit intelligent mais il est stupide.


09/02/2007 10:11
Charlus Pierre, Le journal de Charlus (0 commentaire)
"Que savons-nous des autres quand nous savons quelque chose d’eux ? Pas grand chose… Nous ne savons que ce que nous croyons savoir ou ce qu’ils ont bien voulu nous laisser savoir. Rêvant sur mon passé, sur tous les êtres que j’ai aperçu, croisé, ceux qui m’ont entouré, m’ont élevé, avec lesquels j’ai vécu, je suis bien obligé d’admettre que, même des plus proches, je ne connais de leur vie que des miettes et que, pour l’essentiel, ils m’ont échappé et continuent à la faire. Et, pour certains, pour ceux qui sont partis ou morts, cette perte est irrémédiable…"

Approbation d’Oriane (encre verte) : C’est en partie pour cela que toute fiction me paraît si pauvre qui, quelle que soit son intention, réduit ses personnages à une trame orienté vers un but. La vie est foisonnante. Tout être est une multitude d’être et jamais, personne — du moins il me semble — à part Marc Hodges n’a jamais affronté son écriture à cette réalité élémentaire. Je ne crois pas que l’intérêt de la littérature soit de simplifier la vie, la rendre lisible, mais, au contraire je suis persuadé qu’elle réaliserait sa véritable fonction en rendant compte des multiplicités à l’œuvre dans chaque être.(
Le journal de Charlus)

08/02/2007 11:12
Chamfort, maximes, pensées, caractères et anecdotes (0 commentaire)
"380
Il semble que l’amour ne cherche pas les perfections réelles ;

on dirait qu’il les craint. Il n’aime que celles qu’il crée, qu’il suppose ; il ressemble à ces rois qui ne reconnaissent des grandeurs que celles qu’ils ont faites."

Approbation d’Oriane (feutre vert clair) : juste, très juste… mais est-ce que cette remarque sur le rôle de l’imagination sur la pensée humaine, notamment sur les pensées qui traduisent nos relations à autrui, n’est pas généralisable. Est-ce que l’homme (ou la femme bien sûr) ne hait pas dans autrui l’image de la haine qu’il a élaboré ? Est-ce qu’il n’admire pas ce qu’il met d’admirable dans ce qu’il veut admirer ? J’ai toujours été persuadée de cela : il n’y a, dans nos relations à autrui, aucune objectivité possible. D’une certaine façon toute relation humaine est basée sur l’image que nous construisons au préalable de cette relation même…
Il faudrait que je creuse cela davantage mais est-ce que mon admiration première pour le Général, puis la haine qui est venue ensuite, n’était pas une manifestation de mon imagination de ce qu’il pouvait y avoir en lui d’admirable et, plus tard, d’haïssable ?


06/02/2007 6:44
Carroll Lewis, Sylvie et Bruno (Trad. F Deleuze) (0 commentaire)

«Le monde entier est un théâtre».


Le vieil homme soupira. «C’en est vraiment un, de quelque manière que vous le considériez. La vie est vraiment un drame : un drame sans beaucoup de rappels, et sans applaudissements à la fin ! ajouta-t-il rêveusement.


Nous passons une moitié de notre vie à regretter les choses que nous avons faites dans l’autre !»

Approbation d’Oriane (Bic rouge) : c’est si vrai ! Carroll n’est pas un pasteur logicien pour rien. Depuis la mort — plus exactement la disparition— de mon Général de mari, je ne fais qu’essayer d’imaginer ce que serait aujourd’hui si je ne m’étais pas laissé entraîner dans cette sombre affaire… Mais est-ce bien utile ?

22/01/2007 6:02
Stendhal, Brouillon d’article, 1832 (0 commentaire)
"Personne n’est, au fond, plus tolérant que moi. Je vois des raisons pour soutenir toutes les opinions ; ce n’est pas que les miennes ne soient fort tranchées, mais je conçois comment un homme qui a vécu dans des circonstances contraires aux miennes a aussi des idées contraires."

Approbation d’Oriane (encre rouge, stylo à plume) : j’approuve totalement et me reconnais dans cette analyse.


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